OCPV : Le SYNA-OCPV saisit le Premier Ministre et dénonce des détournements de fonds présumés s’élevant à plus de 700 millions FCFA
Le syndicat réclame l’ouverture d’enquêtes urgentes sur des mouvements financiers opaques et des retenues sur salaires jugées illégales.
Le Syndicat National des Agents de l’OCPV (SYNA-OCPV) a adressé une série de courriers au Premier Ministre, Chef du Gouvernement, pour demander l’ouverture d’enquêtes approfondies sur plusieurs affaires financières impliquant la direction de l’établissement et la Mutuelle des Fonctionnaires et Agents de l’OCPV (MUFA-OCPV). Les montants en jeu dépassent les 700 millions de FCFA et soulèvent de graves questions sur la gestion des deniers publics et des droits des agents.
Affaire 1 : La prime exceptionnelle d’incitation de 183 millions FCFA « évaporée »
La première affaire concerne une prime exceptionnelle d’incitation d’un montant total de 183 millions FCFA, destinée aux agents. Le SYNA-OCPV affirme détenir des preuves de versements partiels, d’un montant de 31,5 millions FCFA chacun, effectués sur le compte de la MUFA-OCPV le 11 septembre 2024. Selon le syndicat, ces virements fractionnés pourraient masquer un détournement.
« Le Directeur Général avait nié l’existence même de ces fonds fin 2024. Aujourd’hui, nous avons des documents bancaires qui prouvent le contraire. Nous avons de solides raisons de croire que la totalité de la prime a été déposée par petites tranches sur le compte de la mutuelle pour éviter les soupçons », explique le syndicat dans son courrier. Les demandes d’explications adressées à la direction sont restées sans réponse.
Affaire 2 : Les 243 millions FCFA aux origines troubles
Dans un deuxième courrier, le syndicat s’alarme d’un dépôt de 243 millions FCFA effectué par le Directeur Général sur le compte de la MUFA-OCPV, annoncé en février 2025. L’origine et l’affectation de cette somme considérable restent inexpliquées, la direction n’ayant pas répondu aux interrogations du SYNA-OCPV.
Cette affaire prend une tournure dramatique avec la mise à disposition, pour « insubordination », de la présidente de la MUFA-OCPV quelques jours avant l’annonce du dépôt. Des sources syndicales évoquent un conflit lié à son refus présumé de rétrocéder une partie des fonds à la direction générale. Le DG aurait ensuite fait opposition sur le compte de la mutuelle, déclenchant une crise interne et une plainte de l’ex-présidente devant le Conseil d’État.
Le Directeur Général GNENYE Adou Bernard dénonce une cabale et défie les syndicalistes
Rencontré dans son bureau le vendredi 26 septembre 2025, le Directeur Général de l’Office de Commercialisation des Produits Vivriers (OCPV), GNENYE Adou Bernard, s’est montré ferme face aux accusations portées contre lui. « On cherche à me nuire », a-t-il déclaré sans détour, estimant que derrière les attaques dont il est la cible, c’est l’image du ministère du Commerce qui est délibérément entachée.
Mis en cause par certains agents et syndicats qui dénoncent des pratiques de gestion jugées abusives, le Directeur Général a rejeté en bloc les allégations, affirmant que ses détracteurs sont pour la plupart des agents absents de leur poste de travail. Il les met d’ailleurs au défi : « Qu’ils apportent les preuves des malversations qu’ils m’imputent. »
Pourtant, un courrier officiel du ministère du Budget et du Portefeuille de l’État, en date du 30 novembre 2021, interdit formellement au DG de procéder à des ponctions sur les primes des agents, conformément à l’arrêté interministériel N° 30/MCI/MEF/MPMBPE du 23 juin 2020, fixant la grille des salaires, indemnités et primes du personnel de l’OCPV. Malgré cette interdiction, GNENYE Adou Bernard aurait poursuivi ces retenues, ciblant notamment certains agents perçus comme « gênants ».
Face à cette situation, une délégation du ministère du Budget s’est rendue au siège de l’OCPV ce vendredi 26 septembre pour échanger avec le Directeur Général. À l’issue de cette rencontre, elle lui a fermement recommandé de mettre fin aux ponctions jugées illégales. Le comité ministériel est allé plus loin, en exigeant un rapport détaillé des mouvements opérés sur le compte de la mutuelle des agents.
Ce compte, dont la seule signataire autorisée reste Mme Konan, présidente de la mutuelle — récemment limogée par le DG et mise à la disposition du ministère du Commerce — est au cœur des tensions. D’après les syndicats, le DG aurait d’abord ordonné une opposition sur le compte, bloquant ainsi les activités de la mutuelle. Ce n’est qu’à la suite de plusieurs actions syndicales que cette opposition aurait été levée.
Dans la foulée, le Directeur aurait initié un vote en ligne pour désigner un successeur à Mme Konan. Ce vote aurait cependant échoué à légitimer un remplacement : sur 280 mutualistes, 143 ont voté contre la nomination d’un nouveau président. Malgré cela, des notes internes ont été publiées dans le but d’imposer un changement à la tête de la mutuelle.
Les syndicats dénoncent ce qu’ils considèrent comme une mainmise du DG sur une structure indépendante, et appellent à l’intervention urgente des autorités compétentes pour rétablir l’ordre et garantir le respect des textes réglementaires en vigueur.
Aimé Kouassi


